
Exergue
« La Courtine doit d’autant mieux figurer sur l’itinéraire d’un voyage d’agrément au Plateau Central que, née d’hier, alors qu’il y a trente ans elle n’était qu’une humble bourgade enfouie dans ses genêts, ses houx et ses bruyères, ignorant l’électricité, le chemin de fer, le téléphone, la T.S.F., etc., elle est maintenant dotée de tout cela et s’est en peu d’années et presque subitement transformée, comme sous la baguette d’une fée, en une coquette et pimpante cité, au contact de nos gais soldats qui lui ont apporté, avec une vie nouvelle, l’aisance et la prospérité. »
Pierre Poitevin – La Mutinerie de La Courtine – 1938
« Les soldats russes avaient apporté une terrible contagion à travers les mers, dans leurs musettes de toile, dans les plis de leurs capotes et dans le secret de leurs âmes. Par-là est remarquable ce dramatique épisode de La Courtine, qui représente en quelque sorte une expérience idéale, consciemment réalisée, presque sous la cloche d’une machine pneumatique, pour l’étude des processus intérieurs préparés dans l’armée russe par tout le passé du pays. »
Léon Trotsky – Histoire de la Révolution russe – 1929
Quatrième de couverture
Extrapolé largement de deux fictions radiophoniques de l’auteur, le roman UN HOMME DANS LA BRÈCHE explore les relations, peu abordées en histoire et jamais encore en littérature, entre les habitants de La Courtine et les soldats russes mutinés en France à partir de fin avril 1917, confinés en juillet-août dans le camp militaire de cette bourgade. Le roman parcourt les chemins de la Creuse avec les habitants solidaires, suit les conversations qui ne manquèrent pas de se nouer entre ceux qui avaient connu l’horreur du front dans les offensives Nivelle, où sept mille des leurs avaient péri, et ceux dont les époux, les pères ou les fils y mouraient ou bien en revenaient mutilés. Le camp est entouré d’une muraille, mais pour ces hommes et ces femmes, la transgression, le refus d’obéissance sont la condition de la survie face au militarisme et à son monde funèbre. Les pires mesures de coercition comportent une faiblesse, une faille, que des êtres courageux devinent et forcent un jour.
Michel Sidoroff rend compte du bouillonnement qui s’était emparé des esprits dès l’annonce de la révolution russe, représentant alors l’espoir d’un arrêt de la guerre. Témoignages et faits avérés ont ainsi nourri son imagination et sa fille la mémoire. En se liant aux Russes mutinés, dont certains sont devenus des figures historiques, les personnages d’Un
Homme dans la brèche, orphelins de Jaurès et trahis par ceux qui votèrent les crédits de guerre, maintiennent le fil de la révolte et de l’humanité.
